Un projet refusé par une banque n’est pas nécessairement un mauvais projet. Dans une bonne partie des dossiers que nous voyons passer, le problème remonte plus loin, à la sous-capitalisation de l’entreprise, c’est-à-dire des fonds propres insuffisants au regard du financement recherché.
Une confusion née d’un changement réglementaire
L’abaissement du capital minimum exigé pour créer une SARL, et son absence totale pour les entreprises individuelles, a eu un effet secondaire chez certains entrepreneurs. Beaucoup en ont conclu qu’il était possible de lancer un projet avec peu, voire aucun apport personnel.
C’est une erreur d’interprétation. Le capital social minimum ne représente qu’une fraction infime du besoin réel en fonds de roulement pour démarrer une activité. Avant d’engager une démarche de financement bancaire, mieux vaut évaluer sérieusement ses fonds propres, quitte à différer ou ajuster le projet si l’écart est trop important.
Une sous-capitalisation parfois seulement comptable
La deuxième cause est plus discrète. Un dirigeant met à disposition de sa société un véhicule, un local, du matériel, parfois pendant des années, sans que ces apports soient correctement intégrés à la comptabilité. Aucun compte courant d’associé n’est créé, aucun apport en nature n’est enregistré au capital.
Le résultat : sur le papier, l’entreprise paraît sous-capitalisée, alors que la valeur réelle apportée par le dirigeant existe bel et bien, simplement mal reflétée dans les comptes. Avant de conclure à un problème de fonds propres, il vaut la peine de vérifier si ce n’est pas d’abord un problème d’enregistrement comptable.
Quand les fonds propres sont négatifs, pas seulement insuffisants
Un cas que nous avons accompagné illustre bien cette mécanique. Une société en phase de développement avait accumulé des pertes lors de ses premiers exercices. Les perspectives d’activité restaient bonnes, mais la banque refusait catégoriquement de prêter à une entreprise dont les capitaux propres étaient négatifs.
La situation a été résolue par un engagement explicite de reconstitution des capitaux propres, en affectant les résultats futurs en réserves plutôt qu’en dividendes. Cet engagement a suffi à débloquer le dossier, sans changer une seule ligne du projet initial.
Le projet n’avait jamais été le problème. La structure financière de l’entreprise, si.
Ce qu’il faut vérifier avant de déposer un dossier
Avant de soumettre une demande de financement, la question à se poser n’est pas seulement « mon projet est-il solide ? », mais « mes fonds propres reflètent-ils correctement ce que j’ai réellement apporté à l’entreprise ? »
Dans beaucoup de cas, redresser cette situation comptable, ou s’engager sur une trajectoire de reconstitution des capitaux propres, suffit à transformer un refus en accord.
Si votre entreprise a déjà essuyé un refus de financement, un premier échange permet souvent d’identifier rapidement si le problème vient du projet ou d’ailleurs.
